Journal de création

Cahier officiel des questions

Chères institutrices, chers instituteurs,

Voici le cahier de questions. Je les ai choisies après écoute des entretiens de Marguerite Duras La Parole des autres, mais aussi au gré de mes lectures, et de la vie avec mes enfants. J’ai tenté de faire des familles de questions, comme des îlots. Je les ai testées sur mon fils Nestor et ses amis. Parfois, elles ont ouvert des espaces, d’autres fois, fermé littéralement la discussion. Aussi sont-elles là pour être à leur tour interrogées, bousculées. Bien souvent, une question entraîne une autre question. Dérive vers une autre famille. Nous avions dans l’idée, avec Marion, la metteuse en scène, de travailler autour de l’exclusion, mais il me semble périlleux d’entrer dans le sujet frontalement. Aussi ai-je, dans un premier temps, posé davantage de questions sur l’environnement de l’enfant, ce qu’il vit, ce qu’il voit, ce qu’il fait, ce qu’il rêve. Je vais rencontrer des enfants du Plessis Grimoult, de Saint-Germain-du-Crioult, d’Alès, Lattes, Montpellier, Saint-Etienne et Montbéliard, soit à peu près 200 enfants. 200 collaborateurs ! Quelle folie ! Notre travail de création va consister, pour vous comme pour moi, à faire surgir et recueillir la parole des enfants. Mon souci est sans doute de traquer les joies et malaises de nos enfants, et par delà, de faire un instantané, un portrait de cette classe vive. Je vous laisse le soin de gérer ce cahier comme bon vous semble. Il est là davantage comme un starter, un point de départ pour l’imaginaire (je le pense volontiers aussi comme un jeu de pistes). Vous y trouverez des pages blanches pour y faire des dessins. Ou de la production d’écrits. Vous pouvez m’envoyer des vidéos, des enregistrements, ou tout autre matériau qui nous aidera à construire notre spectacle. Vous pouvez vous concentrer sur une seule question, une seule famille de questions. Un seul axe. En somme, je vous invite à tous devenir des créateurs. Un blog sera mis en place dès le 15 septembre. Nous pourrions nous donner rendez-vous tous les quinze jours, jusqu’à notre rendez-vous de l’atelier. J’attendrai vos productions, vos questions, et vous enverrai les miennes en retours,

Marion

Chers enfants,

Vous allez être mes petites mains. Mes petits yeux. J’espère que vous prendrez ce projet très au sérieux. Dans un premier temps, j’aimerais bien recevoir tous vos prénoms et tous vos âges. Collez ici toutes vos photos.

A nous tous, nous devons avoir en moyenne 1637 ans. Quelle grande vie ! Et à mon avis, peser au moins 6075 kilos. C’est pas léger. Et chausser du 7035. De quoi aller très loin tous ensemble.

En allant vers le spectacle.

 

Dessine des traces de pas sur ce cahier (ou mets les empreintes de tes chaussures).

Questions domestiques.

Ta vie.

Chez toi.

Comment elle est ta chambre ? Et ton plafond ? Et ton lit ? A quoi tu penses dans ton lit ? Comment es-tu couché ? En boule ? Tout en long ? Dessine-toi endormi.

 

Est-ce que tu remues dans ton lit ? Qu’est-ce que tu entends comme bruits ? Est-ce que tu as un jardin ? Un balcon ? Une fenêtre ? Une DS ? Une forêt ? Qu’est-ce que tu vois de ta fenêtre le matin ? De quelle humeur es-tu lorsque tu te lèves ? Vers qui vont tes premières pensées ? Te souviens-tu de tes rêves ?

 

Les rêves / les cauchemars.

Est-ce qu’il y a des loups dans tes cauchemars ? Est-ce que tu as peur ? De quoi est-ce que tu as peur ? Est-ce que tu as peur d’être mangé ? Et toi ? Qu’est-ce qui te fait peur ? Et toi ? Et toi ?

Ici, j’ai laissé une réponse de mon petit garçon :

Nestor. Parfois, j’imagine qu’il y a des guerriers qui viennent chez nous. Ils volent nos objets et nous massacrent.

Et puis son dessin du cauchemar :

dessin cahier d'imaginaire

Nestor. On ne pourra jamais être mangé. Y a personne qui peut nous manger. Hein, maman ?

M. Ben les cannibales.

Nestor. Ça n’existe pas.

M. Et les ogres ?

Nestor. De toute façon, en ville, on est en sécurité. Y a zéro cannibale. Hein, maman ? ça n’existe pas ?

M. A Montpellier, je n’en ai pas rencontrés personnellement. Mais à Lattes, il y en a peut-être. Il faudra poser la question aux enfants de Lattes. Peut-être qu’ils en ont.

Toi aussi, tu peux faire un dessin de ton cauchemar.

 

Sur le chemin de l’école.

Quel chemin prends-tu pour aller à l’école ? A quoi tu penses quand tu marches ? Quand tu cours ? Quels sont tes points de repère ? T’es-tu déjà trompé de chemin ? Où es-tu allé ? Est-ce que tu t’arrêtes à la boulangerie ? Au tabac ? Au café ?

Fais ici une promenade. Oublie complètement que tu dois aller à l’école. Qu’est-ce que tu vois ? Qui rencontres-tu ? Un tranformer ?! Qu’est-ce qu’il te dit ?

Journal de création.

Chers enfants,

Hier, j’ai parlé à Nestor. Je lui ai demandé ce qu’il aimerait dans la pièce. Il m’a dit des cadavres, du sang et de la guerre. Je n’étais pas très contente car je suis plutôt portée sur l’amour. Mais je me dis sans doute a-t-il raison. Il doit y avoir des points communs entre l’amour et la guerre. Je vais lui poser la question. Là, je le laisse tranquille. Il fabrique des potions. Je lui ai donné trois bols de terre cuite. Ils viennent d’un voyage que j’ai fait il y a longtemps au Portugal. Lors de ce voyage, je m’étais sentie terriblement seule (je n’avais pas encore de petit garçon pour tout le temps m’interrompre).

Nestor. Maman ! Il faut que tu viennes. Alors cette potion verte, tu mets la potion dans le noir et elle t’éclaire le chemin en brillant. Elle brille quoi. En vert. Elle t’éclaire. T’as compris ? En fait, il faut des paillettes, de l’eau, et du vert. Tu mélanges tout ça et comment dire, quand t’es dans le noir avec la potion, elle te fait tout vert. Ça te fait un chemin vert. Tu comprends ? Pourquoi t’as écrit ça ? Efface ça !

M. Et ce chemin vert, il t’amène où ?

Nestor. C’est pas un chemin ! C’est une lueur verte. Elle t’amène nulle part juste ça t’éclaire en faisant du vert. Regarde. Là c’est tout noir, t’avances, tu vois les objets avec leurs couleurs mais en vert.

M. Et ça sert à quoi ?

Nestor. Ben à t’éclairer. A te montrer là où tu vas. On voit mieux quand c’est vert. Quand c’est noir on a besoin de voir.

M. A mon avis, ta potion serait bien utile dans la pièce. Elle nous aiderait à passer de questions en questions. Est-ce que je peux t’en prendre un peu ?

Nestor. Bien sûr !

Nestor s’avance délicatement avec le bol.

Nestor. T’écris ça ?!

M. J’ai le droit d’écrire tout ce que je veux n’est-ce pas ?

Nestor. Vraiment ! Tu marques même des trucs ! Quand je voudrais te dire des trucs vraiment intéressants, t’auras plus de place pour les mettre.

M. Faut que j’aille aux toilettes.

Nestor. Tu vas pas le marquer ça ? Vraiment ?!!

M. Ben quoi ?!!! Vous croyez que les reines ne vont jamais aux toilettes ? On n’est pas dans un dessin animé là !

Nestor. Tu es une reine maintenant ?

M. Oui. Je me suis dit qu’il manquait de reine dans ce spectacle. Et que la reine, ça pouvait être moi. Puisque je pose toutes les questions, je peux bien être la reine. Et vous, vous serez mes sujets. Ça tombe bien parce que je n’étais pas tout à fait sûre de mon sujet. Et maintenant, j’en ai plein des sujets, et c’est vous, et si ça continue, ça va me donner envie de vous couper la tête.

 

L’école. 

A quoi tu joues dans la cour ? Est-ce que tu te bagarres ? Quel est le moment de la journée que tu aimes le plus ? Qu’est-ce qui est le mieux, l’école ou chez toi ? Qu’est-ce qu’on apprend à l’école ? ça sert à quoi d’apprendre tout ça ? Qu’est-ce qu’on apprend en dehors de l’école ? Est-ce que tu crois que le maître apprend encore des choses ? Que savez-vous du Roi Salomon ? Et toi ? Que sais-tu du Roi Salomon ? Et toi ? Et toi ?? Que savez-vous de l’astronomie ? Des religions ? Que savez-vous des plantes ? Des huîtres ? Et des verrues plantaires ?

Journal de création.


Tu sais pourquoi ça s’appelle la Classe Vive, le spectacle ? En fait, ça vient d’un spectacle que j’ai vu à la télé une fois. Un spectacle inventé par le metteur en scène pour contester les formes admises. Alors ça, ça m’en a bouché un coin. J’ai d’abord réfléchi à ce que c’était une forme admise. J’ai conclu que c’était peut-être une pensée toute faite. Tu sais ce que c’est, une pensée toute faite ? Par exemple que les filles aiment la danse. Ou alors qu’on doit forcément se marier et faire des enfants pour être heureux. Ou encore que si on rate à l’école on est foutu. Ou bien encore qu’un enfant qui regarde la télé c’est un enfant qui a le cerveau complètement figé et rempli par les images de la télé au lieu d’avoir le cerveau mobile (comme le vent chaud qui nous traverse en été). Je me suis dit qu’il fallait déjà trouver ce que personne ne remet jamais en question. Et après ça voir s’il n’en est pas autrement. Car à y regarder de plus près, il en est souvent autrement. Tu m’écoutes, Nestor ?

 

Dialogues avec Nestor.

Nestor. Cette potion en fait quand tu la bois ta tête grandit et devient lourde. Comme ça. T’as compris ? Et aussi, quand tu mets ta main dedans, le squelette de ton pouce craque.

Je crois que je vais avoir droit aux potions toute la journée.

Nestor. Si tu avais un bouton, trempe-le dans ta potion et il sera tout mou. D’ailleurs le mien, il est vraiment tout mou. C’est cool.

Je sens qu’il va falloir mettre des potions dans ce spectacle. Tu te fais un coin alchimiste, Xavier ? Xavier, il a un peu une tête de sorcier. Tu trouves pas ? (Tiens, je t’envoie une photo).

affiche cyranoXavier Bazin

J’ai juste trouvé une photo de Xavier en Cyrano de Bergerac, un personnage de théâtre. Mais en vrai, il me fait penser à la lune. Lorsque je vois Xavier, je pense à la lune qui rit et ça me plaît. Donc je trouve que c’est une bonne idée qu’il soit magicien dans le spectacle. Tu prépares les potions ?

La maladie.

Est-ce que tu as déjà été malade ? Qu’est-ce que tu fais quand tu es malade ? Tu restes chez toi ? Dans ton lit ? Tu es déjà allé à l’hôpital ? Tu t’es déjà fait opéré de l’appendicite ? Tu t’es cassé une jambe ? Une côte ? Est-ce te que tu as toujours tes amygdales ? Et ton cou ? Et ta tête ? Est-ce que tu as toute ta tête ? Est-ce qu’il y a une partie de ton corps que tu voudrais changer ? Tu voudrais mettre quoi à la place ? Tu voudrais avoir des asperges à la place des doigts ? Dessine-toi en enfant légume (devant la télé à l’hôpital. Des fois c’est bien : tout le monde s’occupe de nous !).

Mais des fois aussi à l’hôpital, on s’ennuie (si c’est long). Ça sent la mort. Tu sais ce que c’est la mort, toi ? Tu peux la dessiner ?

 

La nourriture.

Qu’est-ce que tu aimes manger ? Es-tu gourmand ? Ou bien est-ce que tu chipotes ? Tu es déjà allé au restaurant ? Ce midi, je suis allée au restaurant avec Valentine, une amie de Nestor. On a mangé des tellines. Tu sais ce que c’est ? Des petits coquillages tout prêts avec de la crème et de l’ail dedans. Ça ressemble à ça :

Telline

J’ai dit à Valentine : Tu aimes manger, toi, Valentine ?! Elle m’a dit : Oui ! Surtout quand j’ai faim !

Avec Valentine, on a trempé nos doigts dans la crème des tellines. On était tellement bien, et il faisait tellement chaud, on a fini par se jeter dans le bol de crème toutes les deux. On a pris une coquille de telline pour bateau, on a navigué loin loin loin. Je pense que le spectacle, c’est un peu comme une recette de cuisine. Il faut choisir des ingrédients. Qu’est-ce que tu mettrais, toi, comme ingrédients, dans le spectacle ?

 

Dialogues avec Nestor.

Nestor. Il y a plusieurs trucs que j’aime. La guerre. La construction. L’exploration. L’aventure. Manger.

M. Manger ? C’est ça que tu as dit ?

Nestor rit.

Nestor. Découvrir. La magie. Observer. Détruire. Construire. Imagination. Arme. Armures. Transformers. Je sais pas si tu connais. C’est des sortes de voitures qui se transforment en supers robots. Rapidité.

M. Rapidité ?

Nestor. Oui. Je peux voir ce que tu marques ? Ah mais carrément tu écris tout !

Nestor rit.

Nestor. Je déteste quand tu fais ça. Force. Ingénieux. Je sais pas. Ingénitif. Je sais pas quoi. Quoi ?! Lieux. Inspecter les lieux. Voilà quoi.

M. Tu sais Nestor, peut-être il te plaira pas, notre spectacle.

Nestor. Oui. Je sais. Tu me l’as déjà dit au mois de janvier.

M. Tu crois que je vais mettre quoi dedans ?

Nestor. Ben tout ce que je t’ai dit !

M. Tu crois qu’il va y avoir des transformers ?

Nestor. Ben oui. Puisqu’on l’a dit.

M. Tu sais, si tu en as marre, on arrête.

Nestor. Pour l’instant, j’en n’ai pas marre.

M. C’est quoi alors, le problème ?

Nestor. Tu marques des choses alors qu’elles sont pas intéressantes.

M. Elles m’intéressent, moi.

Nestor. Pas du tout ! Elles n’intéressent personne !

Nestor boude sur le lit.

M. C’est quoi la différence entre une chose intéressante et une chose inintéressante ?

Nestor. Une chose qui est impressionnante ! Qui a du mystère ! Inintéressant ça veut dire qu’elle n’a rien de spécial.

M. Cette pièce que j’écrirais, il faudrait qu’elle soit spéciale ?

Nestor. J’aimerais que ce soit une pièce de guerre.

 

Les enfants, l’obéissance, les grandes personnes et les animaux.

Vous trouvez que les grands s’occupent beaucoup de vous ? Trop de vous ou pas assez ?

Vous trouvez qu’on vous surveille trop ? Est-ce que tu voudrais être grande ? C’est quoi la différence entre une grande personne puis un enfant ? Est-ce que tu crois qu’il y a des grandes personnes à l’intérieur de toi ? Des vieillards ? Et comment ils sont ? Est-ce qu’il y a d’autres gens que toi à l’intérieur ? Est-ce que tu entends leurs voix ? Qu’est-ce qu’ils disent ? Comment est-ce que l’enfant s’en va des grandes personnes ?

Dessine ici une métamorphose d’enfant en grande personne. Tu sais ce que c’est, une métamorphose ?

 

Est-ce que tu connais l’enfant ours de Lituanie ? Et l’enfant mouton d’Irlande ? Tu le connais ? Et l’enfant sauvage ? Qu’est-ce que tu ferais si tu étais un enfant sauvage ? Qu’est-ce que c’est les bonnes manières ? Est-ce que parfois tu désobéis ?

 

Dialogues avec Nestor.

 

M. Qu’est-ce que c’est la guerre pour toi ?

Nestor. Là où y a des morts, des mines, des obusses.

M. Des obusses ?!

Nestor. Là où t’as des explosions, des fumées, des machines de guerre. Du sang. Tu l’as marqué ? Du sang. Marque-le !

M. Tu aimes voir tout ça ?

Nestor. En faux, oui. Pas en vrai. Ce qui me plaît, c’est que c’est pas vrai. Là où y a des morts. Avec cadavres. Des vaisseaux crashés, des squelettes, des bateaux échoués. Riche.

M. Riche ?

Nestor. Parce qu’en fait, c’est le méchant qui est riche. Les gentils font des batailles pour que la richesse soit partagée. Il y a tous les cadavres, des morts, des transformers à moitié vivants, des voitures en panne, sans roue, plus d’essence, des fusils, des armes inutilisables.

M. Qu’est-ce que tu voudrais comme paysage dans le spectacle ?

Nestor. J’ai pas de paysage. Enfin si, j’en ai un.

M. C’est quoi, ton paysage ?

Nestor. Quand y a les cadavres et tout c’est bleu foncé et y a des trucs à moitié qui brûlent. Et des flammes. Et gris. Et blanc.

M. Si tout le monde est mort, comment ça se passe, pour partager les richesses ?

Nestor. Les transformers ne sont jamais morts. Il y a huit transformers. Quatre et quatre.

M. C’est pas vraiment des hommes ?

Nestor. Non. Jadis c’était des hommes. Très gravement blessés. Ils sont restés vivants grâce à une énorme carapace énormément plus dure que de l’acier. Ils sont à peu près invincibles. Et c’est eux qui ont résolu le problème.

M. C’est quoi, le problème ?

Nestor. Le problème de la répartition des richesses. Tu ne vois donc pas que tout est mal réparti ? Quand on passe dans les rues, tu ne donnes même pas d’argent aux pauvres.

Alors à quoi ça sert d’être dans le show business ?

Nestor boude.

M. C’est quoi la vie après la guerre ?

Nestor. La paix.

M. C’est quoi la paix ?

Nestor. Tout le monde a assez d’argent pour s’acheter trois belles maisons.

M. Tu es déjà allé dans un bel endroit, toi ?

Nestor. Oui. Plusieurs.

M. Tu peux m’en parler ?

Nestor. Tellement qu’y en a plein, je ne peux pas m’en souvenir exactement. J’en ai vu des beaux endroits. Par exemple des gîtes. Y en a, je les ai vus dans des BD.

Nestor m’apporte une BD des Légendaires.

Nestor. Ça, c’est un vaisseau qui est prêt à décoller. C’est un bel endroit.

M. Tu aimerais y être ?

Nestor. Pas forcément.

M. Comment tu les connais, les transformers ?

Nestor. J’ai vu une affiche à Montpellier dans la rue. A l’arrêt de bus.

M. Ça t’a fait quoi ?

Nestor. Ben rien.

M. Ça t’a marqué ?

Nestor. Un petit peu.

M. Pourquoi t’aimes la regarder, la guerre ?

Nestor. Ça me fait que c’est beau, que j’aime bien les dessins, l’animation, et quand j’y joue, j’aime bien.

M. T’as l’impression d’être un guerrier ?

Nestor. Pas forcément. Ce que j’aime surtout, c’est être un magicien et une forme qui est dans mon imagination et je peux te la montrer. C’est sur une BD je peux te la montrer.

Nestor m’apporte une BD des Légendaires.

Nestor. C’est lui mais modifié. Il est comme un Dieu.

M. Qu’est-ce qu’il fait de spécial ?

Nestor. Il fabrique des armées. Il aide les pauvres. Il tue les méchants. Voilà. C’est le magicien de mon imagination.

M. Est-ce qu’il ressemble un peu à Nestor ?

Nestor. Non. Pas du tout.

M. C’est quoi les différences ?

Nestor. Déjà que je suis un homme et lui c’est un Dieu. Il a quatre bras de fer et moi j’ai pas de bras de fer. Etcetera. Moi, je suis un humain.

 

Journal de création.


Parfois donc je pense mon sujet, c’est vous, ou peut-être mes sujets, c’est vous. La Classe Vive, ça pourrait être une sorte de conférence sur vous. Sur vous. Et sur toi. Vous êtes mes sujets. Et en tant que sujets, vous devez obéir à mes ordres. « Marguerite Duras ! Au plateau ! » Marguerite Duras est une multi redoublante. Elle n’a rien appris du tout. Elle ne sait rien de son époque. Elle a une attention flottante. (Sa vie a été détruite autrefois par d’autres enfants en cour de récréation. Elle a reçu des quolibets. Tu sais ce que c’est, un quolibet ? T’en penses jamais, peut-être ?!! Et t’as vu où ça l’a menée ? A redoubler toujours ! Toujours et toujours ! Heureusement, parfois, le théâtre est un asile pour les multi redoublants. Avec un peu de travail, on sort toujours quelque chose des gens. Et à force, je me suis même prise à l’aimer.) Marguerite, donc, n’a pas d’attention profonde aux choses. « Une tête en l’air » dirait l’institutrice (teur) de CE2. Elle est sans cesse distraite par n’importe quoi et pendant ce temps, notre sujet, qui est tout de même l’exclusion dès le plus jeune âge dans nos cours de récréations, nous échappe. « Marguerite ! Que sais-tu de l’exclusion ? » Elle ne sait rien. Elle est vieille et elle ne sait rien. En plus, parfois, elle fume même des cigares pendant la classe. Elle n’arrête pas d’être distraite par internet. Elle regarde son portable. Elle traîne sur facebook. Marguerite est vraiment bonne à rien. « Ligotez-la ! Les enfants ! Venez m’aidez à la ligoter ! » Est-ce qu’on a vraiment besoin de rêveuse dans le spectacle, Marguerite ? Je te signale que nous avons reçu des commandes des enfants. Et dans les commandes des enfants, il y a une demande de la part de Nestor, qui est tout de même mon fils, et je tiens quand même à lui faire plaisir : un spectacle avec beaucoup d’action et des événements à la suite les uns des autres comme des pétards. Et toi, la vieille Marguerite, est-ce que tu es palpitante pour les enfants ?

Marguerite. Oui. J’aimerais leur raconter une histoire : « Comme mes seins tombent et comme je vieillis. Donne-moi tes lèvres, belle enfant. Et toi, ta peau douce et rose. Et ton rire frais. Donne-le. Donne-le. Je viens prendre dix enfants dans la salle. Je suis vieille et n’ai plus d’amoureux. Mon amour m’a quittée à cause de ma peau ridée (et de mon alcoolisme). Est-ce que c’est juste ? Et ne suis-je pas belle avec toutes mes rides ? Comme tes cheveux sont beaux. Et toi, comme tu parles bien. Donne-moi ton éloquence. Et ton cerveau. Il a l’air bien connecté. Donne-le moi. Donne-le moi. Donne-moi tes bras potelés. Comme ils sont potelés, ces bras. »

M. Enfermez-là ! Qu’est-ce qu’elle fait ? Elle coupe les cheveux des enfants ! Retenez-la ! Aidez-moi ! Xavier !

Xavier. Je suis enfermé.

M. Ne la laissez pas faire !

 

Dialogues avec Nestor et Mahé.

M. Qu’est-ce que tu voudrais dans le spectacle, Mahé ?

Mahé. Des animaux.

M. Des anchois ?

Mahé. Non. Des chats ou des chiens.

M. Des vrais chiens sur scène ?

Mahé. Non. Des peluches par exemple.

M. Et qu’est-ce qu’elle diraient ?

Mahé. Des blagues.

M. Mais je ne connais pas de blagues.

Mahé. Peut-être qu’elles, elles en connaissent.

M. Oui. Tu as raison, Mahé. Ça serait peut-être possible pour l’entracte. Pour se détendre. Tu connais des animaux ?

Mahé. Oui. Je connais des animaux. Des millions et des milliards.

M. Y en a un que tu connais en particulier ?

Mahé. Oui.

M. Et c’est qui ?

Mahé. Le lion.

M. T’as un lion chez toi ?

Mahé. Non.

M. Alors comment tu le connais ?

Mahé. Je le vois souvent au zoo. Et puis, on parle beaucoup de lui.

M. Avec qui tu parles de lui ?

Mahé. Moi-même.

M. Qu’est-ce que tu dis de lui ?

Mahé. Je lui dis qu’il est bien pour l’Afrique parce que c’est le roi des animaux.

(Je suis contente parce que ce lion va peut-être me permettre de parler de l’exclusion.)

M. Tu lui dis qu’il n’a rien à faire ici ?

Mahé. Je pense à lui pour me calmer.

Nestor. Moi, je pense à ma petite sœur.

Les loisirs/le travail

Est-ce que tu as un ours ? Une poupée ? Un transformer ? Des figurines ? Qu’est-ce que tu fais avec eux ? Qu’est-ce que tu leur fais faire ? Est-ce qu’ils te parlent ? Est-ce que tu as des amies imaginaires ? Est-ce que tu as des amis chez les grandes personnes ? Est-ce que tu regardes la télé ? Qu’est-ce qui te plaît à la télévision ? Est-ce que tu fais parfois des grimaces ? Est-ce que tu te déguises ? Est-ce que tu joues à des jeux de vertige ? De combat ? Avec qui tu joues ? Est-ce que tu es chef lorsque tu joues ? Est-ce qu’il y a quelqu’un qui dirige ? Est-ce que des fois tu veux avoir une chose tout de suite ? Comment tu fais pour résister ? Est-ce qu’il y a des jeux que tu n’aimes pas ? Et le travail ? Qu’est-ce que tu fais à la maison comme travail ? Est-ce que des fois tu n’y arrives pas ? Est-ce que tu sais ce que c’est un souffre-douleur ? Est-ce que parfois les autres ne veulent pas jouer avec toi ? Qu’est-ce que tu fais alors ?

 

Intermède.

Nestor et Mahé.

Nestor. Mahé, j’ai fini mon armée.

Mahé. Moi, j’ai la plus grande armée.

Nestor. Moi, j’ai la plus petite mais plus puissante.

Mahé. Moi, j’ai des missiles enflammés. Un viseur x. Un blaster x. Un viseur 300. Et tout ça, ça fait un méga vaisseau.

Nestor. On est ensemble, imbécile.

Mahé. Oui voilà c’est ce que j’allais dire. On est ensemble.

Nestor. Moi, j’ai un bouclier, Mahé.

Mahé. Moi aussi.

Nestor. C’est comme si y avait une armée sauf qu’on fait pas l’armée. T’as compris ?

Mahé. Ok.

 

Dialogues avec Valentine.

Valentine voudrait un paysage avec de la lumière et des arbres. Je lui dis : « Dessine-le moi ». Valentine me dessine une sorte de clairière. Avec des cerises blanches. Un point d’eau. De grands arbres. C’est un peu le paradis. Je ne le trouve pas très raccord avec la guerre proposée par Nestor.

M. Est-ce qu’on pourrait mettre une guerre dedans ? Des morts dans ton paradis ? Des carcasses de voiture ? Ça pourrait être intéressant. Comme ça, vous serez satisfaits tous les deux. « Pourquoi pas ». Dit Valentine. Au téléphone, Nestor me dit : « Je ne t’ai pas du tout commandé un paysage de guerre. Je t’ai commandé un monde en construction. » « Ah mais ça change tout ça ! » Je dis. Ça me plaît beaucoup cette idée de monde en construction.

Journal de création.

 Là, je me suis dit que j’allais te montrer une gravure.

canard lapin

Qu’est-ce que tu vois là ? Selon comment tu le regardes, ça varie. Lapin. Canard. Lapin. Canard. Voilà. Fini pour le cours de regard. Est-ce que tu sais où tes yeux vont, toi ? Par exemple, quand tu voyages en voiture ? Est-ce que tu es une observatrice ? Je dis observatrice parce qu’on entend toujours le masculin. A force, j’entends que des garçons dans ma tête. Toujours. Toujours. Et ça m’inspire une douce terreur. Tu sais ce que c’est, une douce terreur ? C’est quand tu as peur mais que tu ne réagis pas.

Le petit oiseau sauvage.

Pour préparer ce cahier, j’ai écouté des enregistrements de Marguerite Duras. Elle aussi a interrogé des enfants. En 1967. Ces enfants maintenant, ils doivent avoir près de 60 ans. Tu te rends compte ! A un moment, il y a un petit garçon qui récite un poème :

Ils vont te prendre petit oiseau sauvage. Père mon père ! Que le monde est joli.

Ils vont te prendre petit oiseau sauvage. Père mon père ! Je reste au bord du nid.

Ils vont te prendre petit oiseau sauvage. Père mon père ! Je veux voir du pays.

Ils vont te prendre petit oiseau sauvage. Père mon père ! Je vole près d’ici.

Ils vont te prendre petit oiseau sauvage. Père mon père ! Je vois encore le nid.

Ils vont te prendre petit oiseau sauvage. Père mon père ! Notre arbre est trop petit !

Ils vont te prendre petit oiseau sauvage. Père mon père ! Que le monde est joli.

Ils vont te prendre petit oiseau sauvage ! Père mon père ! Oh mon père ! Ils m’ont pris.

 

Est-ce que toi aussi tu as envie de partir ? De t’envoler du nid ? Est-ce que tu t’es déjà envolé vers un autre pays ? En rêve ? Qu’est-ce que tu voudrais être comme animal ? Tu crois qu’il parle de qui, ce petit oiseau ? Est-ce que tu as peur d’être attrapé ? Est-ce que tu aimes attraper ? Qu’est-ce que tu attrapes ? C’est quoi les endroits où il ne faut pas aller ? C’est où ?

 

Dialogues avec Nestor.

M. Pourquoi tu veux pas t’endormir, ce soir ?

Nestor. Parce qu’Héliette chante. Normalement, c’est l’affaire de cinq minutes, après, elle s’endort, alors que là, elle chante, alors du coup, j’ai du mal à m’endormir. Voilà. Quoi ?! Mais quoi ?!

M. Au lit, Nestor !

Nestor. Toc toc toc. Elle veut son Doudou, maman. Héliette, elle veut son doudou.

M. Tu ne dors toujours pas, toi ?

Nestor. Je voudrais bien te montrer une image pour le spectacle.

Nestor m’apporte une BD des Légendaires.

Nestor. C’est un tireur. Pas un chef. On le voit là. Là. Et dans le dessin animé.

M. Pourquoi tu aimes cette image ?

Nestor. Ça fait disparaître mon cauchemar.

M. Est-ce qu’il y a des tireurs dans tes cauchemars ?

Nestor. Non. En tous cas, y a pas ceux-là. Eux, ils viennent me protéger. Ils ne viennent pas me détruire.

M. Tu as besoin d’être protégé ?

Nestor. Oui. Des fois.

M. Tu peux me donner des exemples ?

Nestor. Par exemple si quelqu’un me dit de faire quelque chose qui n’est pas du tout bien et qu’il veut me taper, j’ai besoin d’aide.

M. C’est déjà arrivé ça ?

Nestor. Je sais pas.

M. Et toi, t’as déjà protégé ?

Nestor. Ma sœur par exemple. Je la défendais gentiment. Quelqu’un ne voulait pas lui prêter un objet j’ai dit : « S’il te plaît tu peux juste lui prêter quelques minutes ? »

M. Elle est comment ta sœur ?

Nestor. Gentille. Belle.

M. Qu’est-ce que tu aimes faire avec elle ?

Nestor. Jouer. Partager.

Nestor joue avec la lumière.

Nestor. Voilà. Et d’autres choses mais je ne m’en souviens plus.

M. Tu te souviens quand elle est née ?

Nestor. En hiver.

M. Ta sœur ?!!

Nestor. Oh non. En été.

M. Arrête.

Nestor joue avec la lumière. Il me met la lumière dans les yeux.

M. Arrête !

Il me met de la lumière partout.

M. J’aime bien quand la pièce elle est baignée de soleil comme ça.

Nestor. Oui. Moi aussi. J’aime bien.

Nestor joue avec la lumière.

Nestor. Je me souviens d’Héliette dans son truc à barreaux. Là y avait le parc et Héliette elle était là. Elle était sur le dos comme ça. Elle disait gaga.

M. Gaga ?

Nestor. Gaga. T’as écrit gaga ? Vraiment les grands quand ils écrivent, ils peuvent jamais s’arrêter.

Nestor me touche le grain de beauté.


Poésie française (ou pas).

Tu sais d’où peut bien venir la poésie ? Et les chansons ? Est-ce qu’il y a une chanson qui toujours t’accompagne ? ça fait comment, cette chanson ? Tu aimes danser ? Tu peux me montrer comment tu danses ? ça te vient d’où, cette danse ? Comment tu la répètes ? Tu sens quoi quand tu danses ? Tu aimes que les autres te regardent danser ?

Dialogues avec Nestor.

M. Est-ce que tu ressens des grandes choses des fois ?

Nestor. Ben oui peut-être. Parfois, je ressens qu’Héliette a envie de pleurer.

M. Ça te fait quoi ?

Nestor. Ça m’énerve. Je suis en train de faire mes devoirs. Héliette pleure. Ça m’énerve.

Toi aussi, tu peux écrire un petit dialogue.

 

Les trous de mémoire.

Ici, creuse un trou. Mets-y dedans un objet, un secret ou bien quelque chose que tout le monde sait mais que tu aimerais bien retrouver plus tard.

Tu peux aussi fabriquer des pots de mémoire et planter ta mémoire dedans.

 

Choses trouvées dans les trous de mémoire.

Des tables de multiplication.

La vie du roi Salomon.

Une petite graine à faire des avocats.

Une lentille qui germe dans du coton.

 

Le futur.

Comment ça sera toi quand tu seras grand, la vie ? A qui tu ressembleras ? Est-ce que tu vivras au Plessis-Grimoult ? A New York ? Sur la lune ? Est-ce que des gens vivront sur la lune tu crois ? Qu’est-ce qu’on mangera ? Est-ce qu’il y aura des nouvelles découvertes ? Qu’est-ce qu’il reste encore à inventer ? Tu crois qu’on pourra aller explorer une nouvelle planète ? Tu auras des voisins ? Des enfants ? Comment ils seront, tes enfants ? Ils feront quoi ? Et qu’est-ce que tu feras des vieux ? Et le paysage ? Comment il sera, le paysage ? Est-ce qu’il y aura des prisons ? Il n’y en aura plus ? Et des guerres ? Il y en aura toujours ?

Ici, donne-toi un rendez-vous avec le futur.

Où ?

Quand ?

Avec qui ?

Dans quel paysage ?

 

Dialogues avec Nestor et Mahé.

Choses mangées dans le futur.

De la salade des frites des hamburgers des épinards quelques tomates du maïs du riz des sushis des pates de la mayonnaise du ketchup de la sauce tomate à peu près tout comme maintenant sauf qu’on mangera pas de légumes farcis. Je déteste les légumes farcis j’en mangerais jamais. Pas beaucoup de tomates. Du lait surtout des œufs brouillés des œufs à la coque des œufs cuits. Je mangerai beaucoup d’œufs.

 

Choses qu’il reste à découvrir.

De la chimie des aventures des dessins animés le futur quoi. Le futur sera encore à découvrir. Oui, y a toujours le futur à découvrir. On ne peut pas aller directement dans le futur. A force de te parler je te parle et à chaque fois que je dis un mot eh ben le suivant c’est dans le futur tu comprends c’est comme si on ne pouvait jamais l’attraper on le découvre simplement. Quand on est mort c’est là que notre futur s’arrête. Voilà.

 

Choses qu’on n’a pas encore inventées.

Nestor. Des machines qui peuvent nous faire tout.

M. C’est quoi tout ?

Nestor. Par exemple des robots qui poussent des handicapés. C’est eux qui les poussent, c’est pas les handicapés. Comme le four. Ça nous cuit tout ce qu’on veut. La voiture ça nous emmène où on veut. Faut quand même qu’elle fasse des choses supérieures à nous pour qu’on n’ait pas besoin de les faire. C’est juste quand on a des graves problèmes qu’on l’utilise. Par exemple si t’es petit et que t’as coincé ta balle sur le toit et que t’arrives pas à l’attraper, tu te sers de ton robot, il peut voler, il redescend, il attrape la balle et après, il est désactivé.

M. Comment ce sera ta journée quand tu seras grand, Mahé ?

Mahé. Ben je sais pas.

M. Tu vivras avec quelqu’un ?

Mahé. Ben oui.

M. Avec qui ?

Mahé. Ben avec mon amoureuse.

M. T’en auras qu’une ?

Mahé. Oui.

M. Toujours la même ?

Mahé. Oui.

M. Jusqu’à la fin de tes jours ?

Mahé. Oui.

M. Et elle sera comment, ton amoureuse ?

Mahé. Belle.

M. Même quand elle sera une mamie ?

Mahé. Euh non. Elle sera moyen moyen. Très moyen. Enfin super moyen. Méga super méga moyen.

M. Qu’est-ce que tu feras avec elle ?

Mahé. Des trucs.

M. C’est quoi des trucs ?

Mahé. Ben c’est des trucs. Des trucs c’est des trucs. Logique.

M. Et toi, Nestor ?

Nestor. Je serai bien. Voilà.

M. Avec qui tu vivras ?

Nestor. J’aurai zéro amoureuse déjà. Enfin j’en sais rien. J’ai pas très envie d’en avoir.

M. Pourquoi ?

Nestor. Parce que j’aurais des enfants qui m’énerveront.

M. A qui tu ressembleras, Mahé ?

Mahé. Toi Nestor tu ressembles déjà à une fille.

Nestor se jette sur Mahé.

Nestor. Massacre ! Massacre ! Pendez-le !

Mahé. Tu ressembleras à Justin Bieber !

M. Qui ?

Mahé. Même si t’es pas beau.

M. C’est qui, Justin Bieber ?

Nestor. Sus à l’ennemi !

M. Pourquoi tu lui dis qu’il est pas beau ?

Mahé. Pour une blague.

Nestor frappe Mahé.

Mahé. Arrête sinon tu fais un bisou sur la bouche à ça.

Mahé montre le vieux doudou de Nestor.

Mahé. Il a pas de bouche, lui.

M. Calmez-vous !

Les enfants se battent sur le lit. Je les laisse. Je regarde un clip de Justin Bieber sur internet.

 

Sur le chemin de la maison.

La nuit tombe maintenant. Tu peux rentrer chez toi.

Dessine-toi en train de rentrer tout seul dans l’hiver.

Qu’est-ce qui te rend triste ? Et les vieilles personnes, est-ce que ça te rend triste ? Et les animaux ? Qu’est-ce qui te rend joyeux ? Est-ce que tu peux me raconter un souvenir joyeux ? Qu’est-ce qui est le plus beau de tout ? Qu’est-ce qui est relativement beau ? Et laid ? As-tu déjà vu des choses très laides ? Es-tu sûr qu’elles soient vraiment laides ? Est-ce que ça n’est pas tout le contraire ? Qu’est-ce qui t’étonne ? Les automobiles ? Les fusées ? Internet, ça t’étonne ? Rien ne t’étonne ? Et un chat ? Et une fessée ? ça t’étonne ?

 

Journal de création.

 

Aujourd’hui, Nestor a fabriqué des ailes de papier.

Nestor. De toute façon, les humains, ils ne peuvent jamais voler. N’est-ce pas, maman ?

M. C’est une très bonne idée tes ailes pour le spectacle.

Nestor. Hein ?

M. Peut-être tous les enfants pourraient avoir des ailes et s’envoler par la fenêtre ?

Nestor. D’accord, mais après la classe.

 

Dessine ici la Carte de la classe vive.

 

Région de ta chambre.

 

Région du chemin pour aller à l’école.

 

Trou dans lequel tu es tombé sur le chemin (et quel monde tu as découvert.)

 

Tunnel par lequel tu ressors grandi (dessine toi avec quelqu’un qui t’a fait grandir).

 

La classe vive vue d’en haut.

 

Les voyages fantastiques de Nestor


Nestor fut le premier enfant à sauter par la fenêtre. D’habitude, Nestor était plutôt un enfant réfléchi (n’avait-il pas l’âge de raison ?) mais cette fois là, il se dit : « je suis dans un spectacle. Tout peut bien arriver dans un spectacle. Ma mère a dû mettre des filets de secours tout autour. » Il ferma les yeux. Et se mit à sauter. « Eh bien ça va finalement. » Se dit-il. Les autres enfants en firent autant, il en suffit d’un pour donner l’exemple, et même les petits frères et sœurs se mirent à battre de leurs ailes de papier. Nestor était bien content d’avoir pris une telle initiative. Il vit d’en haut son maître, monsieur Salomé. Et son maître était vraiment minuscule. Et l’école vraiment toute petite. Et son immeuble lui parut si loin. Il vit d’en haut les cyprès du jardin des plantes. Il pensa à tous les petits jeux qu’il avait fait en bas. Dans le creux du magnolia. Il vit son ami Ilyas. Il dit : « Adieu, petite école avec la cour vraiment minuscule ! Adieu, piscine de Montpellier, avec la douche qui ne marche pas ! Adieu, le conservatoire ! » Il n’était pas même inquiet de savoir où il allait aller. « Ma mère a dû tout prévoir. C’est elle, la dramaturge. » Il avait confiance en elle, non parce qu’elle savait ce qu’elle faisait, mais parce que c’était sa mère. En plus, le fond de l’air était vraiment agréable. Et tiède. Et puis, il était tout de même suivi de tous ses copains. Ce n’est pas comme d’être seul. Il réfléchit aux options de sa mère. Le plus logique voulut qu’il allât à la rencontre des enfants des autres villes, sa mère voulait toujours favoriser les rencontres entre les enfants. Elle pensait peut-être que le sort de l’humanité en allait être allégé ! Soudain, Nestor eut au cœur un grand espoir. Peut-être allait-il faire la guerre pour de faux aux enfants d’une autre ville ? Peut-être était-il là en train de voler avec son armée ! Son armée d’enfants volants ! Mais oui ! Peut-être allait-il pouvoir en dégommer quelques uns avec son nerf ! Il tâta l’une de ses poches. Il avait bel et bien son épée, son nerf, son pistolet, son armure. Il se tourna, tous les enfants étaient eux aussi armés. Même Valentine. Il pensa : « pourvu qu’elle ne nous fasse pas perdre ! » Car il n’était pas habitué aux filles guerrières (et Valentine était vraiment délicate) mais Valentine était plutôt forte en sport. Et même bien plus entraînée que lui. Faut dire, il avait mangé tellement de saucisse à la cantine, il se sentait un peu lourd. Ou bien c’était toutes les armes. Il en avait pris trop. Il pensa : « surtout, ne montrer aucun signe de faiblesse. Et ne pas être trop autoritaire. » Nestor avait remarqué ça. Parfois, il tentait d’imposer ses idées avec trop de véhémence. Tu sais ce que c’est, la véhémence ? Eh bien, c’est avec à la fois de la colère et de l’aplomb, et surtout, en plus, il avait l’air de se mettre au-dessus des autres. Et ça, ça passait pas (ou alors seulement avec les plus petits). Et plus d’une fois, il s’était retrouvé exclu. Il se dit donc : « faisons alliance avec Valentine et tous ceux de ma classe et allons attaquer les enfants des écoles de campagne. Prenons-les en traîtres. Ils ne doivent pas connaître les nerfs, à la campagne. Ils ne doivent pas encore connaître la civilisation. Nous, nous sommes de Montpellier. »

As-tu bien dormi, mon chéri ?

Nestor. Oui ! J’ai rêvé que je rencontrais les enfants du Plessis Grimout !

Comme je suis contente ! Qu’est-ce que tu veux pour ton petit-déjeuner ?

Nestor. Est-ce qu’il y a des coins pour se cacher, au Plessis Grimout ? Je veux dire, des endroits d’où on peut voir sans être vu ?

Le bloc d’écriture.

Ici, c’est le bloc d’écriture. Tu peux écrire à tous les gens qui fabriquent le spectacle. Tu sais ce que c’est une metteuse en scène ? Et un acteur, est-ce que tu sais ce que c’est ? Et une administratrice ? Cherche dans un dictionnaire ou pose des questions autour de toi !

 

Avec les voix de Marion Aubert, Capucine Ducastelle, Gaëtan Guérin, Marion Guerrero, et Thibault Lamy.

 

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