Ecole Auguste Comté de Montpellier

Lettre à Marion par Charlotte Devanz, illustratrice

Jeudi 6 novembre 2014

Chère Marion,

 

Aujourd’hui c’était ma première séance de travail avec les élèves de la classe de Nestor et Lilas,  à l’école Auguste Comte.

Je me suis présentée à tout le monde, j’ai présenté mon métier de graphiste, un métier d’image, et  expliqué pourquoi tu m’as invitée dans la Classe vive.

Je m’étais beaucoup demandée comment m’approprier ton projet, comment cheminer avec les enfants en coordination avec M. Salomé, le maître, qui avait déjà choisi les questions sur lesquelles il voulait faire travailler ses élèves. Puis j’ai compris qu’il fallait faire simple et se fondre dans ton idée de convoquer les représentations du monde d’un enfant de 8 ans.

 

M. Salomé a constitué deux groupes de douze élèves en essayant de faire un équilibre entre ceux qui sont tout yeux et tout oreilles, ceux qui bougent, ceux qui parlent et ceux qui parlementent. Il connaît bien ses élèves, M. Salomé, du moins ce qu’ils donnent à voir d’eux même dans la communauté de l’école. Je me suis installée avec le premier groupe dans la salle d’étude tandis que le deuxième groupe restait en classe avec le maître pour écrire.

J’ai fermé la porte entre les deux salles et les enfants se sont organisés d’eux même : les garçons avec les garçons, les filles avec les filles, sauf deux garçons, silencieux, qui se sont installés avec les filles pour ne pas être à la table des garçons. Intéressant.

 

Avec les deux groupes, la séance s’est déroulée de la même manière.

 

Nous avons lu dans le dictionnaire, le Petit Robert junior, la définition du mot « représenter ». Elle nous a bien plu car elle parle de théâtre, de montrer, d’image et d’imaginaire.

J’ai ensuite expliqué que ce qui m’intéressait, pour cette première séance, c’était de savoir comment chacun d’entre eux se représente l’autre, si proche et connu soit-il (surtout de Nestor, évidement, tu vas comprendre !).

« – Mais l’autre, qui est-ce ? – Et bien… Marion par exemple, Marion Aubert, écrivaine, qui vous pose toutes ces questions personnelles ».

J’ai donc proposé trois sujets :

- faire  le portrait de Marion-Aubert-l’écrivaine telle qu’on l’imagine

- dessiner, tel qu’on l’imagine, l’endroit ou Marion écrit ses pièces de théâtre

- dessiner les objets dont on imagine que Marion a besoin pour écrire ses pièces de théâtre.

La matériel : trois formats de papier homothétiques (pour réaliser un petit livre avec toutes les productions des élèves à la fin de l’atelier, ça sera pratique et intéressant, je leur ai expliqué cela)

Des feutres, des crayons de couleur, des craies grasses.

Tout de suite, tous les entants du premier groupe se sont souciés de disposer de crayons à papier, de gommes et même de règles, qu’ils sont allés chercher à grand bruit dans dans l’autre salle. J’ai été un peu prise de court car Lilas, ma fille, dessine énormément et directement au feutre la plupart du temps. Les enfants du deuxième groupe, bien informés, sont arrivés directement avec leurs trousses.

 

Munis de leurs crayons, de leurs gommes, de leurs règles et des couleurs, ils ont dessiné.

 

Je les ai observés et écoutés. Ce qui m’a frappée c’est que beaucoup ont eu peur de rater, de mal faire, certains même ont eu le soucis de faire un dessin parfait. Quelques autres m’ont annoncé qu’ils allaient faire un truc nul puisqu’ils ne savaient pas dessiner. Du coup, j’ai essayé de les rassurer et de leur dire qu’il ne s’agissait pas d’un exercice mais d’un moment d’expression de soi, sans les contraintes du geste de l’écriture, de la ligne, l’interligne, du saut de ligne.

Je me suis souvenue de l’institutrice de grande section de maternelle de nos enfants qui m’avait expliqué que beaucoup d’enfant perdent beaucoup de spontanéité dans le dessin avec l’apprentissage de l’écriture en CP, voire arrêtent carrément de dessiner (j’ai eu très peur, mais heureusement ça n’est pas arrivé à ma fille).

La plupart des enfants ont utilisé la couleur pour colorier à l’intérieur des espaces délimités par le crayon bien taillé et laissé beaucoup de place au blanc.

J’ai remarqué aussi que le fait d’être installé en grandes tablées provoque un effet de contagions des idées, chacun observant ce que dessine ses voisins et s’en inspirant. J’ai même remarqué que les filles et les garçons ne s’influencent pas du tout de la même manière (c’est politiquement correct ou non, ça ? Je ne sais plus…).

 

Tout cela m’a beaucoup intéressée.

 

J’avais préparer trois questions à poser à chaque enfant en aparté à la fin de la séance, parce que j’ai pensé que ça pourrait beaucoup compter pour toi et moi de connaître les avis et les interrogations des enfant sur certaines choses de notre monde d ‘adulte. Les voici, ces questions, elles sont toutes simples :

 

- Est-ce que tu penses qu’être écrivain c’est un métier ?

- Est-ce que tu penses que dessiner c’est un métier ?

- Est-ce que tu as une question à poser à Marion sur son métier d’auteur dramatique ?

 

Il faut que je te fasse un petit catalogue des réponses et des questions, car je crois que tu vas bientôt rencontrer les enfants et tu pourras sans doute leur répondre (crois-tu qu’il vont te reconnaître d’après le portrait qu’ils auront fait de toi ?).

 

Ce moment de conversations individuelles m’a beaucoup plu. J’ai envie de clore chaque séances à venir par des petites questions en lien avec le thème dessiné.

La prochaine portera sur la représentation de soi : nous allons utiliser une technique sans crayon à papier et sans gomme cette fois, pour voir, et  nous pourrons peut-être nous ‘installer dans la salle de classe où chacun sera à son bureau, c’est peut-être mieux pour être au calme avec ses pensées et son imaginaire.

 

 

A très bientôt, Marion, quand tu seras rentrée de ta vie dans les théâtres et les hôtels.

Je t’embrasse

 

Charlotte

 

 

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