Journal de création

Lettre à Charlotte

Mercredi, j’ai rendez-vous avec l’école de Montpellier. C’est une école tout à fait particulière : c’est l’école de Nestor J! Mais aussi de Valentine, Alice, Anna-Louise et Lilas, des petites filles que j’aime et que je connais bien. Il y a aussi les garçons dont j’entends toujours parler à la maison : Théo, Ismaël, Nils, Charles, Tom, Dimitri. Une fois, l’année dernière, j’ai accompagné les enfants à l’aquarium. Je me souviens très bien de la petite Naïs. Et puis, il y a les autres que je vais découvrir. Charlotte, la maman de Lilas, qui est aussi graphiste, accompagne les enfants depuis trois séances. Elle m’a écrit des lettres qui m’ont beaucoup intéressée. Dans la première lettre, Charlotte parle des enfants qui veulent bien faire. Prendre des règles, des crayons et des gommes. Ecrire dans les lignes. S’appliquer. Toutes choses fort intéressantes et qu’on apprend à l’école. Or, avec La Classe Vive, j’essaie d’inviter les enfants à travailler aussi hors cadre. Voilà, me semble-il, un des rôles de l’artiste. Montrer que parfois le monde (qui le monde ? Eh bien, les instituteurs, les parents, les gouvernements…) veut absolument nous faire rentrer dans des cases. Nous apprendre à bien nous tenir. A jouer le rôle que l’on doit jouer (et je vois comme déjà les rôles sont très marqués : le caïd, le cancre, la belle, les amoureux, les petites filles modèles, les garçons entre eux, les filles entre elles…). On fait tout bien comme on croit qu’il faut faire. On fait souvent comme les autres. On s’habille comme le copain. On aime le bleu turquoise parce que la copine aime le bleu turquoise. C’est très difficile de ne pas se laisser contaminer par un groupe. Très difficile d’être minoritaire. Et lorsqu’on grandit, ça reste toujours difficile. Et alors, ça craque de partout. L’art nous aide, je crois, à matérialiser (sublimer disait Freud) nos craquages. Et d’un seul coup des têtes nous poussent. Des ailes extraordinaires. Des genoux pas au bon endroit. Des corps tordus. Quelque chose qui n’est pas passé en travers de la gorge. Des épées que dans la vie on n’a pas. Des clous qui nous sortent de la langue. Des crapauds dans le ventre. Et il y a une grande beauté dans tout ça. En tous les cas, moi, ça m’intéresse. Lorsque je vois les dessins des enfants totem que tu m’envoies, Charlotte, je suis extrêmement émue de toutes ces créatures qui se déploient, ces cous trop longs, ces encres délavées. C’est pas du tout le chaos ni n’importe quoi. C’est à la fois étrange, effrayant et merveilleux. C’est pour ça que ce projet avec les enfants m’intéresse tant. J’essaie d’être au plus près d’eux pour traquer ce qu’ils sont derrière leurs petits masques sociaux. J’essaie, justement, d’ôter les masques. Et j’ai déjà sur le chemin fait tant de belles découvertes ! Oui. C’est vrai. J’apprends plein de choses auprès des enfants. Au Plessis-Grimout, nous avons été invitées dans la ferme d’un petit Emilien. J’ai trait une vache pour la première fois, j’ai tenu un lapin par la peau du cou, et j’ai mis ma main dans la bouche d’un veau ! C’était une expérience merveilleuse, étrange et effrayante. Car le merveilleux n’est pas forcément au pays des fées et des choses qui brillent, mais bien dans l’âpreté du réel parfois. Je t’écris tout ça et j’ai encore de la boue sur mes bottes. Il va falloir que je me les cire pour remplir, moi aussi, mon rôle social. J’ai aussi rencontré des enfants extrêmement durs, brutaux, perdus. Certains d’entre eux ne voulaient plus aller à école. Ils rêvaient de tracteurs, de maçonnerie. Et certains, c’est sûr, avaient de l’or au bout des doigts. D’autres semblaient être juste des boules de colère. Ils trouvaient tout nul. Et tout dur. Et tout, tout, tout nul. C’est aussi pour ceux-là que je veux écrire.

 

M. Alors, comment c’était la séance avec Charlotte ?

Nestor. C’était super.

M. Et ton dessin ? Tu étais content de ton dessin ?

Nestor. Non. Il était nul, mon dessin. Je l’ai raté. Il était nul.

 

M. Allo Charlotte ? ça s’est bien passé la séance avec les enfants ?

Charlotte. Oui. Très bien. Je suis en train de t’écrire une lettre.

M. Nestor m’a dit qu’il trouvait son dessin nul.

Charlotte. Mais non ! Il est très bien, son dessin !

 

Ah la la ! C’est pas gagné  !

Scéance 2 nestor

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Une réponse à “Lettre à Charlotte”

  1. Le 5 décembre 2014 à 23 h 43 min Anne a répondu avec... #

    Il est tard, je lis, j’écoute, j’apprends de ce beau projet …tout le monde ne peut prétendre être artiste ma bonne dame ! Alors oui j’apprends ! Et j’espère que ma fille à moi, Alice, mon enfant, ma grande, ne fait pas trop bien et qu’elle ne craque pas de partout…surtout … Bisettes

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