Ecole Auguste Comté de Montpellier, Journal de création

Le roi Salomé (école de Montpellier)

Le maître (très occupé). Excusez-moi, vous n’auriez pas vu mes lunettes ?

Louise. Maître ? Maître ?

Le maître. Je suis débordé. Débordé !

Louise. Maître ! Maître !

Le maître. Qu’est-ce qu’il y a, Louise ?

Louise. Une fois, mon papy il est mort parce qu’il traversait très lentement. Il allait très lentement, et puis, une voiture l’a percuté.

Le maître. Ah oui. Très bien, Louise ! Très émouvant. Ouh la la ! Et tout ce courrier que j’ai en retard !! Mais que diable ai-je fait de mes lunettes ?! Peut-être est-ce l’enfant à capuche qui me les a volées ? Y aurait-il des petits voleurs dans la classe ? Mais non ! Qu’est-ce que je dis ! J’aime tous mes élèves sans exception ! Bisous bisous bisous ! Ils me rendent fous, mais je les aime ! Quel métier ! Quel métier ! Oups ! Trébuché ! Qui a mis ce cartable dans mes pattes ?! Dimitri ! Tais-toi ! Punition ! Vous riez, Marguerite ?! Non mais c’est très important ! Comment voulez-vous que je porte une attention profonde aux enfants si je ne chausse pas mes lunettes ? Ce n’est pas possible ! Bon ! Prenez vos cahiers d’expression écrite. Qu’est-ce qu’il y a Alice à la fin ? Il y a quelque chose de grave c’est ça ?

Alice. Non. Vos lunettes ! Elles sont sur votre nez !

Les enfants rient.

Le maître. Vous riez ?! Punition collective ! Mais non ! Je plaisante ! Oh la la ! Quelle course ! Vous n’imaginez pas la vie d’un maître d’école, Marguerite. Vous, vous êtes morte. Bien peinarde. Mais moi, je suis vivant. Vivant ! Et tout le monde me parle.

Ismaël. Maître ? Est-ce que je pourrais être interrogé, cet après midi ?! Je vous en supplie, maître ! Je vous appelle majesté, si vous voulez ! Je m’incline ! J’aimerais tellement être interrogé.

Sami. Moi aussi, maître !

Luna. Et moi !

Soleidi. Et moi !

Nestor. Interrogez-moi !

Tim et Tom. Et nous !

Tous. Tous ! Tous ! Interrogez-nous tous, maître !!!

Le maître. Mais qu’est-ce que vous faites tous inclinés ?! N’importe quoi ! Nous ne sommes pas à la cour ! Dehors ! Sortez ! C’est la récréation.

Nils. Je peux sonner, maître ?

Adam. Non, moi !

Milan. Moi !

Naïs. Moi, maître !

Le maître. Je ne m’en sors pas, Marguerite. Oh la la ! Et tous ces parents qui font la queue pour me voir. Quelle heure est-il ? Et encore des photocopies ! Et cette maudite réunion ! Et tout ce tas de courrier ! Oh la la ! Je vais mourir, Marguerite.

Le petit enfant capuche. Maître ?

Le maître. Qu’est-ce que tu veux, toi ?

Le petit enfant capuche. Est-ce que c’est vrai que tu vas nous laisser ?

Le maître. Pourquoi tu dis ça ?

Le petit enfant capuche. Parce que je vous ai entendu tout à l’heure, avec Marguerite. Vous avez dit : « Oh la la ! Je vais mourir, Marguerite. »

Le maître. Mais je ne vais pas mourir. Enfin. Pas maintenant. Pas tout de suite. Je ne crois pas.

Le maître. Comment t’appelles-tu déjà ?

Le petit enfant capuche. Ernesto.

Le maître. Et tu es dans ma classe ?

Le petit enfant capuche. Oui. CM1 d’Auguste Comte.

Le maître. Tiens. Curieux. Non. Ne t’inquiète pas. Je ne vais pas mourir, Ernesto. J’étais agité parce que j’avais perdu mes lunettes mais tu vois, maintenant, elles sont en place. Sur mon nez. Et tout va bien, Ernesto. Tout va bien. Tout va bien.

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