Ecole de Saint-Etienne, Journal de création

Récréation (une cour de Saint-Etienne)

Ça court dans tous les sens C’est qui c’est quoi c’est Jade tu m’as fait mal ! Un petit garçon remet sa chaussette, les maîtres et les maîtresses papotent, piliers immobiles au cœur de la récré, des paniers de baskets, deux ballons, plusieurs parties se mêlent, parties dont je ne sais pas du tout les règles, un petit garçon déambule dans une espèce d’appareil médicalisé : Est-ce pour toujours ? Occasionnel ? Un accident ? Un enfant tombe au sol, se vautre dans le bitume mouillé, la maîtresse des CM essaie de comprendre ce qu’il s’est passé, les protagonistes revivent l’incident, se dénoncent mutuellement, un terrain d’entente va-t-il être trouvé ? Une maîtresse se fraie un passage au milieu des courses, vacille, bras écartés, j’ai peur qu’elle ne tombe, funambule au cœur de la mêlée, j’ai peur pour elle, sa vie, mais ça y est, traversée réussie, je crois qu’il y a ici aussi des enfants « sans conflit », ils portent des gilets fluo, il pleut sur mon ordi, une petite fille lisse les cheveux d’une autre petite fille, faut dire ils sont longs, noirs, épais, ils font envie, des petites filles passent par bandes : bras dessus bras dessous, courent, se lâchent, se reprennent, tourniquent, se perdent, se secouent, jeux de vertige, dans la cour, trois arbres complètement dénudés, au sol feuilles pourries, bâtons mouillés, le gros garçon à lunettes a toujours le ballon et marque toujours des paniers, le petit handicapé valse dans la cour, clopin-clopant, il prend sa part : « eh quoi, ne suis-je pas vivant ? » semble-t-il crier. « N’ai je pas le droit moi aussi aux cris ? Aux bruits ? Aux tirs de fusil ? » Des petites font les folles, folles, folles, et tournent sans logique de partout, des cris, des éclats, dur de distinguer quoi que ce soit, quatre petits garçons se battent, se poussent, se tirent, une petite fille-capuche tourne tout autour de l’arbre, et tourne encore, tourne, tourne, une petite furie va vers un garçon, le regarde et lui pousse un grand cri dans le nez, pan pan poum poum poum, pan pan poum, pan pan poum, trrrr il y a massacre je crois, charnier sur ma droite, des enfants pourrissent mollement, s’enfoncent dans le sol, pour toute tombe des bouts de bâtons, quelques feuilles, un crayon, deux enfants se pendent à la rambarde d’escalier, il fait froid, non ? trois petites filles vêtues exactement de la même façon -pantalon violet basket bonnet- on dirait des champignons, poussent dans la cour : filles d’automne, cri de terreur, les « sans conflit » se battent, petite fille gelée dans un coin de l’escalier, pan pan poum, un petit garçon galère avec sa fermeture éclair, le petit handicapé poursuit une très grande petite fille, tente de l’effrayer, bruits de mitraillette, la température de la petite gelée baisse de plus en plus dangereusement : va-t-elle mourir, elle aussi ? Une sonnerie hyper violente retentit.

 

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